Penser en images

Il y a 7 ans, tomber sur le livre de Temple GRANDIN, Penser en images, (Paris, Éditions Odile Jacob, 1997) a été une véritable révélation et m’a permis de mieux comprendre Karim et de pouvoir enfin commencer à l’aider efficacement. Temple GRANDIN, professeur d’université  a été la première à décrire l’autisme de l’intérieur. Depuis, d’autres l’on suivi apportant leurs pierres à la compréhension des troubles autistiques.

J’avais déjà pu m’ouvrir durant mes études en ethnologie entamées pendant qu’il était en internat, à la richesse des cultures et à la multiplicité des façons d’interpréter et de façonner le monde et le rapport au monde et aux autres, mais pas un moment, il ne m’était venu à l’idée que mon fils pouvait, juste à côté de moi, venir d’une autre planète.

 

veau Karim TATAI Dtrasbourg

CP Karim TATAI

S’il est compréhensible qu’une autre culture puisse donner d’autres clefs d’interprétation, il est beaucoup plus difficile de concevoir que des personnes proches et ayant une histoire proche de la vôtre ou même liée à la vôtre puissent percevoir ce qui nous entoure de façon différente. Nous partons la plupart du temps du principe que les autres voient de la même façon ce que nous voyons, entendent ce que nous entendons….. Or, ce n’est pas le cas et chaque jour passé avec une personne autiste fut-elle votre enfant oblige à voir différemment, à penser autrement.

Pour moi, il ne m’était jamais venu à l’idée que l’on puisse penser autrement qu’avec des mots. Par contre, pour Temple GRANDIN, c’était le contraire :

  • Enfant et adolescente, je croyais que tout le monde pensait en images. Je n’imaginais pas que mon mode de pensée différait de celui des autres. Ce n’est que récemment que je me suis aperçue de l’importance de ces différences (p 20)
vaches Karim TATAI

CP Karim TATAI

Le spectre autistique est très vaste, tous les personnes autistes ne pensent pas forcément en image, peut-être certains associent-t-il la pensée en image avec celle en mots ou peut-être d’autres pensent-il avec des mots, comme “nous”…. Ce livre m’a aidé à comprendre son attrait pour les films,  pourquoi il n’avait jamais besoin de l’image quand il faisait des puzzles et pourquoi il les faisait d’une façon si incompréhensible pour moi, pourquoi il retrouvait toujours son chemin, pourquoi, il se souvenait de lieux, même des années après alors qu’il ne sait ni lire ni écrire….pourquoi et pourquoi….

Il y a 7 ans, Karim avait déjà 22 ans et avec l’âge adulte, il est devenu rebelle à toute forme d’apprentissage. Plus vraiment question de lui d’apprendre à lire, mais cela m’a permis de répondre à sa demande d’appareil photo, d’être plus attentive aux photos qu’il faisait, comme si ses clichés étaient le prolongement de sa pensée qui m’adressait des messages.

vache brune Karim TATAI Strasbourg

CP Karim TATAI

Il est difficile de comprendre comment fonctionne la pensée en image quand on ne pense qu’avec des mots. Pour ceux qui ont vu le film Rain Man, souvenez-vous la scène ou après avoir lu l’annuaire, il donne à la serveuse son numéro de téléphone. Non, Rain-Man n’a pas appris par cœur l’annuaire juste en tournant les pages, il a photographié les pages dans sa tête et il est capable de les “ressortir”  pour les lire quand il a besoin des informations.

Alors, voici quelques phrases, tirées du livre qui peut-être vous donneront à vous aussi des pistes pour comprendre votre enfant, i

  • Je pense en image. Pour moi, les mots sont comme une seconde langue. Je traduis tous les mots, dits ou écris, en films colorés et sonorisés ; ils défilent dans ma tête comme des cassettes vidéos. Lorsque quelqu’un me parle, ses paroles se transforment immédiatement en image. (p 19)
  • Pour créer de nouvelles images, je pars toujours de mille petits morceaux d’images que j’ai emmagasinées dans la vidéothèque de mon imagination et que je recolle ensemble. (p 21)
  • Comme je suis autiste, je n’assimile pas intuitivement les informations que la plupart des gens considèrent comme allant de soi. Au lieu de cela, j’emmagasine les connaissances dans ma tête comme sur un CD rom. Quand je dois retrouver quelque chose que j’ai appris, je passe la vidéo dans ma tête. Si je laisse errer mon esprit, les images vidéo sautent, comme par associations libres. Ce fonctionnement par associations est un bon exemple dont mon esprit s’écarte du sujet. (p 25 26)vache-Karim-TATAI-Strasbourg
  • Un autre fait atteste de l’utilisation de la pensée visuelle, comme mode principal de traitement des données. C’est l’aptitude remarquable qu’ont beaucoup d’autistes à faire des puzzles, à s’orienter dans une ville, à mémoriser des données en un coup d’œil. (p 27)
  • D’autres pensent comme moi, en images vives et précises, mais chez la plupart des gens, le langage se combine par des images vagues et générales. (p 29)
  • Les êtres humains se placent sur un continuum d’aptitudes visuelles, qui va d’une capacité quasi nulle, c’est à dire de la visualisation d’images vagues et générales jusqu’à la vision d’images très précises comme dans mon cas, en passant par la vision d’images spécifiques. (p 30)
  • Les autistes ont du mal à apprendre ce qui ne se traduit pas en images. Les mots les plus faciles à apprendre sont les noms parce qu’ils sont directement associés à une image. Les mots écrits étaient trop abstraits pour que je les retienne, mais j’ai réussi laborieusement à retenir cinquante phonèmes et quelques règles. Des mots écrits sur des étiquettes qu’on attache à des objets facilite l’apprentissage des enfants autistes de niveau plus faible. Quelques enfants sévèrement atteints apprennent plus facilement avec des mots formés de lettres en plastique qu’ils peuvent toucher. (p 31-32)

    vaches Karim tATAI Strasbourg

    CP Karim TATAI

  • Quand je lis, je traduits les mots en film de couleur, ou bien je stocke simplement la photo de la page imprimée pour la lire plus tard. Quand je cherche dans ma tête, je vois la photocopie de la page… Pour retrouver des informations dans ma tête, je dois repasser la cassette vidéo. Il est parfois difficile de trouver certaines données parce qu’il faut que j’essaye différentes cassettes jusqu’à ce que je trouve la bonne. Et cela prend du temps. Quand je ne peux pas traduire un texte en images, c’est en général pare que ce texte n’a aucune signification concrète. (p 33)
  • Ma pensée passe du particulier au général suivant un cheminement associatif et non séquentiel. C’est comme si j’essayais de trouver à quoi ressemble un puzzle quand seulement un tiers des pièces est en place. Je réussis à voir les pièces manquantes en visionnant ma vidéothèque.

Penser en image et prendre conscience de sa pensée différente, en faire une force et non un handicap a permis à Temple GRANDIN  de révolutionner le traitement du bétail dans les ranch eux États Unis. La moitié des installations existantes a été construite selon ses plans.

Penser en image est l’une des différence qu’il peut y avoir entre nous et notre enfant. Les cinq sens peuvent aussi amener des perceptions différentes.

Et les photos de vaches sont pour Temple GRANDIN, la femme qui pense comme les vaches

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